Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage... (Georges Brassens)

mercredi 29 mai 2013

Le Népal


Fini le Vietnam, nous voilà au Népal après une bonne nuit très reposante (hum…) sur un banc de l’aéroport de Singapour. Arrivés à Kathmandou, nous obtenons nos visas et sommes conduits jusqu’à notre hôtel. Nous pensions avoir vécu une circulation anarchique et chaotique au Cambodge et au Vietnam, mais en fait ce n’était rien comparé au Népal ! Premièrement, on roule à gauche ici. Deuxièmement, c’est très brusque tout le temps. Troisièmement, les klaxons sont agressifs. Et sur les « grandes » routes, ça va beaucoup trop vite par rapport aux conditions… donc attachez vos ceintures, c’est parti pour le récit du Népal ! Ah on oubliait… il n’y a pas de ceinture ici !

Nous nous organisons au plus vite pour quitter « Kathmandou l’insupportable ». Trop de poussière, trop de pollution, trop de klaxons, trop de rabatteurs vendant bibelots et marijuana. On se casse à la montagne ! Huit heures de bus « boîte de sardines » seront nécessaires pour arriver au point de départ de notre randonnée. Là, nous passons la nuit dans la chambre d’hôtel la plus sale que nous n’ayons jamais vue… Comme vous pouvez le constater, le Népal à première vue ne nous a pas enchantés. Mais attendez, continuez la lecture… car dès que nous avons enfilé nos chaussures de marche et mis notre sac à dos, c’est là que ça devient intéressant.
De Besi Sahar, nous sommes partis pour environ 20 jours de marche autour du massif des Annapurna. Ces montagnes immenses culminent toutes entre 7000m et 8091m et nous allons les voir pendant finalement… 28 jours ! Et oui, c’est tellement beau que nous prolongeons deux fois notre trek afin d’en profiter encore plus.
Sur le chemin, on voit une partie du Népal très authentique. Petits villages d’influence hindouiste pour une partie du trek, et d’influence bouddhiste tibétaine pour la partie plus haute. Des toits plats, des réserves de bois sur les balcons, des enfants emmitouflés contre le froid, des muletiers, des porteurs, des paysans. Et des touristes ! Le tour des Annapurna est vraiment très connu, pour sa beauté, pour son accès, pour son balisage parfait, pour ses lodges qui jalonnent le parcours toutes les une à deux heures de marche. Ce trek est donc assez facile pour les touristes comme nous, tant au niveau de l’organisation qu’au niveau de l’orientation. Quant à la condition physique, si on aime, on y arrive ! Enfin… en respectant les limites de la montagne et de l’altitude qui règnent ici en maîtres ! Nous marcherons en effet entre 800m et 5400m d’altitude ! D’où le « petit » défi à relever que nous avons bien sûr adoré !
Le parcours s’élève progressivement depuis Besi Sahar jusqu’à Manang (3600m). A cet endroit, acclimatation obligatoire d’un jour. Nous en faisons trois ! C’est tellement beau qu’on en profite à fond. Tellement à fond qu’on monte jusqu’à 4600m lors d’une promenade d’acclimatation et qu’arrivés en-haut, fatiguée, essoufflée et affamée, Christelle ne trouve rien de mieux à faire que de glisser et de s’étaler dans la boue ! Plutôt marrant, mais… on venait de faire la lessive ! Et ici ce n’est pas une mince affaire ! Un tuyau d’eau glaciale qui coule dans le jardin, une bassine, un savon pour les mains et beaucoup d’huile de coude sont nécessaires pour laver nos quelques vêtements. Donc c’est vite vu, le soir on recommence tout et on espère que ça sèche jusqu’au lendemain matin… Aïe aïe aïe…
A propos d’eau gelée, ça nous fait penser à la douche quotidienne. Dans presque toutes les lodges nous avons droit à une douche digne de ce nom. Alors d’accord parfois la porte ne ferme pas bien, parfois la fenêtre sans vitre nous donne une ventilation un peu trop fraiche, parfois le sol n’est pas très propre. Mais bien souvent, l’eau était tiède ! Un luxe inestimable lorsqu’on se trouve au Népal, en montagne, loin de tout et parfois loin d’une source d’eau. Tiède et non chaude, car nous arrivons en milieu d’après-midi, lorsque le ciel était déjà recouvert de nuages. Où est le rapport ? L’eau est chauffée à l’énergie solaire. Donc plus vite vous marchez, plus vite vous arrivez à destination, plus il y a de soleil (le matin est beau, l’après-midi est gris), plus vous aimez la douche ! Autre solution : payer la douche très chaude, mais au gaz ! Pourquoi payer pour du gaz ? Les bombonnes sont transportées à dos d’homme… et je peux vous dire que quand vous les voyez sur le chemin, avec une énorme bombonne de gaz dans leur panier accroché à leur tête, entrain de suer, vous ne râlez pas une seconde pour payer votre douche ou alors vous prenez une douche tiède (voire froide) !

Des porteurs, on en a vu des dizaines. Ils portent, ils marchent, ils suent. Voilà leur vie. Jusqu’à ce que leurs articulations disent stop. Le salaire étant calculé en fonction du nombre de kilos qu’ils ont sur le dos, certains portent jusqu’à deux fois leur propre poids ! Heureusement des règles entre les touristes et les porteurs sont désormais appliquées. Maximum 30kg pour un porteur. Mais tous ne sont pas concernés, puisque la nourriture, le gaz, les tables, la tôle, les lits, les commodes, les pierres, les briques, tout est transporté à dos d’hommes, de femmes et d’enfants dans les montagnes pour assurer la survie quotidienne. Autant vous dire que lorsqu’on peste dans une montée avec notre petit sac de 10kg, on se tait désormais en repensant à ces gens exceptionnels, qui font le travail que même une mule ne peut pas accomplir.

Revenons-en à nos petits tracas quotidiens… les WC ! Et oui, on pourrait écrire un livre là-dessus. Mais ici c’est plutôt simple : toilettes turques partout ! Pas de chasse d’eau mais un seau. Un autre seau pour le papier de toilette. Facile donc, sauf lorsqu’on est courbaturé du jour précédent !
Vous voulez encore une anecdote ? Ce jour-là, ça monte. Comme quasi tous les jours en fait… mais là, il fait beau et chaud et ça fait vraiment beaucoup de bien de boire l’eau fraiche de notre gourde lors d’une petite pause. Jusqu’au moment où on se rend compte qu’on vient de boire un litre d’eau non-purifiée… gloups… et bien sur ce coup-là, il faut dire qu’on a eu vraiment beaucoup de chance, car nos estomacs et intestins ont tenu le coup comme des chefs !
Autre tracas ? Choisir entre un gâteau aux pommes et un pancake à la banane lors d’une pause, savoir si demain on marche ou si… on marche ! La belle vie, quoi ! Surtout certaines journées particulières. La balade à Ice Lake, fantastique du fait du panorama exceptionnel que nous avons sur les géants de l’autre côté de la vallée et du ciel bleu toute la journée, une balade depuis Ghyaru jusqu’à la stupa du village et avec vue splendide une fois de plus, le lever du soleil à 5h30 du matin à Upper Pisang lorsque tout le village commence gentiment à se réveiller, le festival annuel de tir à l’arc dans le même village… Il y a encore le passage du col Thorung La, à 5400m, avec un départ à 5h30 et une montée de 6h jusqu’au plus haut point. La respiration se faisait difficile, mais marcher dans la neige avec autour de soi des monts blancs merveilleux était féérique ! Puis les 4h de descente en freestyle pour les deux petits Suisses qui glissaient et couraient plus qu’ils ne marchaient. Quoi d’autre ? Les villages de Jong, Kagbeni, Marpha, Bragha, tous plus beaux les uns que les autres. La visite d’un temple bouddhiste et la découverte de manuscrits vieux de 500 ans dans sa bibliothèque. Le réveil des montagnes au camp de base de l’Annapurna, à plus de 4000m, dans un cirque de sommets s’illuminant tous les uns après les autres avec les premiers rayons du soleil. Les nuits glaciales dans nos chambres mal isolées, mais qui resteront gravées dans nos mémoires. Les discussions passionnées avec les propriétaires d’une lodge à Bahundanda. La rencontre de Thomas et Emilie et la fin du trek en leur compagnie, tout comme l’apéro au fromage de yak et pringles après la grosse montée de Chomrong. La journée à travers la forêt de rhododendrons en fleurs. Et pour terminer, après une belle journée de marche, les agréables sources d’eau chaude à Jhinu Danda au bord de la rivière et au milieu de la forêt. On s’arrête là, mais il y aurait encore tant à dire. Comme quoi un trek, ce n’est pas juste de la marche et de l’effort, mais des émotions, des rencontres, des frissons… On se sent vivre !!!


De retour à Pokhara, on est bien content de dormir dans un super hôtel pour fêter nos 10 ans ensemble ! De là, nous reprenons la route pour Kathmandou et visitons au passage deux très jolis villages : Bandipur et Ramkot. De retour à Kathmandou, la ville n’a pas changé depuis notre départ en trek… zut… bon, on fera avec pendant une grosse semaine d’organisation de la suite du voyage. Et nous nous échappons du quartier touristique de Thamel pour explorer le « vrai » Kathmandou. Nous découvrons des Népalais jouant aux échecs sur le trottoir, des petits temples cachés, et une boutique à thé où le marchand nous invite à déguster de bons thés en parlant de nos pays respectifs. De plus, nous avons profité de visiter le très beau stupa de Swayanbhunath, qui se trouve sur une colline avec vue sur toute la capitale. Il y a des petits singes autour de nous, de l’encens brûle un peu partout, de la musique tranquille est diffusée et les gens viennent ici pour se recueillir. Une belle visite. Tout comme notre virée au plus grand stupa d’Asie, qui se trouve en plein cœur de Kathmandou : Bodnath. Surprise ! Ici, c’est avant tout des Tibétains en exil et en habit traditionnel qui tournent autour du stupa en priant et en faisant rouler les moulins à prière. Une atmosphère calme, paisible et respectueuse règne ici malgré le nombre important de pèlerins. Notre dernière visite au Népal se fait à Bhaktapur, une petite ville à la périphérie de la capitale et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ici c’est l’ancienneté des bâtiments, des temples et des ruelles qui impressionnent. De plus, ils sont pour la plupart très bien conservés. Nous avons la chance (ou la malchance ?) d’arriver à Bhaktapur un jour de festival. Les familles hindouistes se réunissent ce jour-là dans les temples pour faire des offrandes à leurs dieux. Nous les voyons donc se déplacer à pied à la queue-leu-leu avec des plateaux remplis de fruits et de fleurs, dans leurs plus beaux vêtements. Mais ce qui interpelle le plus, c’est la chèvre qu’ils tirent derrière eux, elle aussi décorée de fleurs. Qu’en font-ils ? Un peu plus tard dans la journée, nous voyons ces petites processions revenir avec leurs plateaux vides et… un plateau dans lequel git à présent une tête de chèvre ensanglantée ! Le corps de cette pauvre est chargé sur un vélo pour être ensuite vidé de ses entrailles (en pleine rue, c’est très appétissant…). Donc on sait désormais quel est le sort des chèvres au Népal !

Le lendemain, nous quittons le Népal pour Hong Kong. Lorsqu’on essaie de résumer nos sentiments sur le Népal, c’est plutôt paradoxal. En effet, nous avons vraiment adoré marcher dans les montagnes, rencontrer des habitants toujours très gentils, à l’écoute, généreux et sympathiques avec lesquels nous avons eu des discussions très enrichissantes, nous avons aimé voir les beaux villages de Bandipur, Ramkot et Bhaktapur, découvrir une culture complètement inconnue pour nous, voir comment le bouddhisme et l’hindouisme cohabitent sans problème et simplement vivre au milieu de ce Népal souvent envoûtant. Par contre, nous sommes un peu trop décalés par rapport à d’autres aspects de la vie népalaise que nous n’arrivons pas à comprendre. Ceux-ci sont souvent dûs à la pauvreté, mais certains font simplement partie de la culture de ce pays. Les gens crachent partout, les rues sont sales en partie à cause des offrandes faites sur le trottoir dans le but de protéger la maison, mais tant de nourriture pourrissant au soleil attire pleins de bêbêtes… De plus, les déchets ne sont pas traités du tout, l’état est complètement corrompu, les routes sont extrêmement dangereuses, la nourriture est peu variée et parfois avariée. D’où quelques tourista pas très sympa que nous avons tous les deux attrapées et ce même en mangeant les produits locaux et sans viande. Bref, nous ne vous cachons pas ce qui nous a plu et déplu. Cela fait partie d’un voyage et nous sommes très contents de vivre ces expériences enrichissantes et qui nous ouvrent l’esprit. Nous quittons donc Kathmandou fatigués, mais heureux d’avoir découvert le Népal !

mercredi 3 avril 2013

Le Vietnam

Départ de Phnom Penh, au Cambodge, pour le Vietnam. Il existe de nombreux moyens de rejoindre ce pays et nous choisissons la voie fluviale combinée au bus. Cela prendra la journée entière et c’est l’aventure pour les quatre petits Suisses bien habitués aux transports publics de chez eux… Du tuk-tuk, nous montons à bord d’un bateau-express qui nous mène en six heures environ jusqu’à la frontière entre le Cambodge et le Vietnam, près de Chau Doc. En achetant les billets de bateau, nous n’avions pas prévu de faire une croisière de luxe, mais tout de même, nous ne pensions pas qu’il serait nécessaire de mettre les boules quies tant le bruit du moteur est insupportable, et que les sièges seraient si inconfortables, au fond d’un bateau si bas qu’on ne voit presque rien du paysage… nous prenons donc notre mal en patience et arrivons enfin au poste frontière. Là, nous troquons notre bateau pour un bateau-croisière, qui va très lentement, mais qui a l’avantage de nous faire découvrir un peu plus le paysage et qui nous promène dans de très beaux canaux, emplis de maisons flottantes. Nous voyons la vie quotidienne des gens, qui se lavent dans le fleuve, font leur lessive et leur vaisselle, pêchent, naviguent ou se reposent au bord de l’eau. C’est vraiment envoûtant ! Arrivés à Chau Doc, nous grimpons dans un mini-bus, qui nous conduit à la gare routière. Là, c’est parti pour environ quatre heures de car à travers la campagne du delta du Mekong. Le seul hic, c’est que le chauffeur du bus et son assistant ne comprennent pas où l’on doit descendre… nous l’écrivons sur un papier, ils ne comprennent toujours pas… il faut dire que notre vietnamien n’est pas encore au point, on vient d’arriver… bon… nous espérons qu’ils ont quand même un peu compris et tentons tant bien que mal de savoir par où l’on passe, le nom des villages, etc… le problème c’est qu’il n’y a que des habitations tout du long du chemin ! Aucun panneau n’indique le début ou la fin d’une ville, rien… gloups… nous ne savons pas non plus combien de temps dure le trajet exactement et bien sûr, il n’y a pas d’arrêt de bus ou de carte comme dans notre Suisse si bien organisée… Heureusement, le miracle se produit ! L’assistant du chauffeur s’approche soudain de nous durant le trajet et nous tend son téléphone portable. Nous y découvrons un message disant : « If you are Valentin, say « yes » to the driver assistant. We’ll wait for you at 7 pm at a bus stop with four motos. » On se regarde, et on dit « yes !!! » au Monsieur ! Eh bien pour de l’organisation, c’est plutôt pas mal… On nous demande donc de sortir du bus vers 19h et comme prévu, quatre chauffeurs de moto nous attendent pour nous conduire à la maison d’hôte où nous seront logés. On pose un casque sur notre tête, on embarque les valises entre les jambes des chauffeurs, on s’accroche à ce dernier avec notre gros sac de montagne sur le dos, et c’est parti ! De nuit, à contre-sens, puis sur un petit chemin qui zig-zague, nous arrivons finalement, exténués, dans une magnifique demeure coloniale. Nous aurons passé plus de douze heures dans les transports publics, et le repas vietnamien traditionnel ainsi que l’alcool de riz qui nous attend nous requinquent délicieusement bien. Mot, hai, ba, YO ! Merci à la secrétaire de la maison d’hôte d’avoir contacté notre bus… sans cela, nous aurions peut-être fini au terminus ce soir-là… !

Voilà, vous avez donc un petit aperçu de notre entrée en matière avec le Vietnam. Maintenant, passons aux splendeurs du pays. Le Delta du Mekong, tout au sud du pays, regorge d’eau. Nous prenons donc… un bateau !  pour visiter les alentours. Marché flottant, fabriques de bonbons et boutiques d’artisanats, maisons coloniales, canaux enfouis dans la verdure, fruits divers à déguster… on en a plein la vue ! Avec comme point d’orgue à cette journée, la petite balade en barque avec nos chapeaux coniques sur la tête !

Nous passons ensuite par Hô Chi Minh Ville, ou plus volontiers pour les habitants du coin, Saigon. Nous y découvrons une grande ville asiatique, grouillante, bruyante, commerçante, avec un beau point de vue depuis une des tours, de bons restaurants, et quelques beaux bâtiments datant de l’époque coloniale. 

De là, nous volons pour l’ancienne capitale impériale qui est au centre du pays : Hué. Enfin pas tout à fait… là encore, il nous est arrivé une petite aventure sympathique… après coup… Nous atterrissons à Danang et nous sommes encore à 120km de Hué. Nous prenons donc un taxi pour la gare routière, svp Monsieur le chauffeur de taxi. Celui-ci nous emmène à la gare ferroviaire. Non Monsieur, nous voulons un bus, vroum, vroum, pas tchou-tchou ! (notre vietnamien est vraiment archaïque…) Une fois arrivé au bon endroit, Monsieur nous réclame le prix de la course entière de taxi (alors que nous sommes certains qu’il savait très bien où nous voulions aller), plus les taxes d’aéroport et de la gare routière ! Non, mais ! Avant de nous taper dessus, nous payons tout… pendant ce temps, voilà que tous nos bagages sont déjà embarqués dans un mini-bus ! Oui, oui, il va à Hué et il part dans 10minutes, montez ! Bon, ok, vu les circonstances, on ne va pas chercher plus loin pour voir si un autre bus moins cher ou plus grand part bientôt… Apparemment, le chauffeur de taxi était de mèche avec le chauffeur du mini-bus, ça c’est sûr… nous nous installons donc presque confortablement à l’arrière du mini-bus, sur une banquette surélevée. Super, nous avons un peu plus de place pour les jambes que si nous étions sur un siège normal. Nous partons et durant tout le trajet, qui dure quand même trois heures, nous nous arrêtons à chaque fois qu’un passager veut monter. Résultat : dans un mini-bus pouvant accueillir environ 16 passagers en Suisse, mais ici les gens sont petits, il y a 28 sièges en tout, nous nous retrouvons pliés en quatre et entourés d’une quarantaine d’autres passagers !!! HAAHHAHAHAH !!!! GRRRRRR !!!! Au secours ! Ah et la place qu’on avait devant nos jambes s’est transformée en siège pour quatre autres personnes (bébés et bagages en plus). Et sans vouloir vous faire peur, s’il y a un accident, tout le monde est mort vu la vitesse et la prudence du chauffeur. D’ailleurs, après 15 minutes de trajet, nous avons déjà perdu un retro… très rassurant… Mais voyons les choses du bon côté : Janine a largement assez de place, les paysages que nous traversons sont merveilleux et nous arrivons à Hué entiers ! Non, on ne veut pas réitérer l’expérience… D’ailleurs pour le retour à l’aéroport, nous prenons un taxi quatre fois plus cher que le mini-bus… Au moins nous savons comment les Vietnamiens se déplacent !

Hué. Ancienne capitale impériale, la ville comprend une citadelle en grande partie détruite par les bombardements américains mais qui garde un grand charme et quelques très beaux bâtiments. Nous la visitons calmement et imaginons la splendeur qui devait régner ici il y a à peine 60 ans. Soieries, mandarins, danseuses, empereurs et famille royale, théâtre, musique vietnamienne, décorations dorées et colorées ainsi que zenitude. Tout cela est malheureusement révolu mais le site est tout de même classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Nous prenons un bateau et naviguons sur la paisible Rivière des Parfums, qui tient son nom des nombreuses plantes aromatiques qui la bordaient jadis. Le long des rives, les restes de l’époque impériale : tombeaux impériaux à l’architecture majestueuse, emplis de zenitude et de jardins sobres, pagode emblématique du Vietnam et encore en activité pour les nombreux bouddhistes de passage, temples discrets cachés dans la verdure… nous nous régalons les yeux et l’esprit de tant d’histoire et de culture mais surtout de l’esprit bouddhiste qui règne ici.

Nous faisons une fois de plus un saut de puce dans le ciel pour arriver dans la capitale vietnamienne : Hanoi ! Sept millions d’habitants, quatre millions de mobylettes, des voitures, des piétons, des trottoirs qui servent de parking et donc des routes qui servent à tout le reste, des restaurants de rue, des échoppes, de la soie, des tailleurs, des odeurs, des gens, des gens, des gens… Au milieu de tout ça, nous quatre. On déguste de délicieux mets sur de petits tabourets bleu en tentant de ne pas lâcher son morceau de poulet dans la sauce soja ni de lui faire faire un looping avec les baguettes, on cherche de la soie, nous passons chez une tailleuse faire quelques commandes, nous abdiquons devant le mausolée d’Hô Chi Minh lorsque nous découvrons la file d’attente longue de plusieurs centaines de mètres, nous visitons quelques temples, nous observons le trafic incessant mais fluide dans les rues, en définitive, nous nous imprégnons de l’ambiance de cette ville si particulière.

Pour terminer le voyage de Janine et Willy en grandes pompes, nous organisons une croisière dans la fabuleuse, l’incroyable, la magique Baie d’Along ! Depuis le temps que Janine nous bassinait avec cette Baie d’Along… hahaha ! Et bien on a bien fait d’y aller ! Rendez-vous compte… Naviguer dans une jonque privée en bois, avec un équipage aux petits oignons avec nous, un guide francophone super sympathique, et tout ça dans un cadre à couper le souffle ! Des milliers d’îles et îlots qui émergent de la mer, couverts de jungle et parfois de singes, quelques villages flottants par ci par là, le silence, le calme… C’est tout simplement reposant tant pour l’esprit que pour le corps. Au programme : navigation dans un décor de rêve, baignades, délicieux repas de fruits de mer et poissons, balades en kayak, visite d’un village flottant et jeux de cartes. Et ça pendant trois jours. Que demander de plus ? D’y rester plus longtemps…

En rentrant à Hanoi, un passage à la clinique s’impose… En effet, Valentin a 39,6°C de fièvre ! Verdict : grippe A H1N1. Pas rigolo du tout, mais heureusement une fois que la fièvre est descendue grâce à une perfusion d’eau et à des Dafalgans, il n’a rien à craindre. Repos donc, et un masque à porter pour ne pas transmettre le virus plus loin…

Dernier jour de vacances pour Janine et Willy. Ils bouclent leurs valisent et nous flânons encore un peu dans la ville. Dernière partie de chibre (ça va nous manquer), un petit express italien à côté de l’hôtel, puis c’est les adieux. Merci encore mille fois pour tous ces bons moments partagés !

Voilà, on se retrouve les deux. Nous restons cinq jours à tourner en rond dans Hanoi et notre chambre d’hôtel en attendant que Valentin soit totalement remis de sa grippe et surtout, en attendant la prochaine aventure : un trek de quatre jours dans les montagnes à 180 km de Hanoi. Accompagnés de The, notre guide de cœur, nous arpentons les collines à la découverte de deux (des 54) ethnies vietnamiennes. Les Thais et les Hmongs. Nous marchons de village en village et en route, nous voyons comment les habitants des montagnes vivent de la culture sur brulis, se déplacent (en mobylette !), transportent leur marchandises et matériel (dans des hottes pour les Hmongs et dans des hottes tenues par un tissu calé sur le front pour les Thais.) Nous rencontrons ces gens, à commencer par les enfants du chef d’un village Hmong chez qui nous dormons. Ils nous sautent au cou lorsque nous arrivons, nous prennent par la main et nous emmènent faire un tour du village ! Ils nous apprennent à compter en vietnamien, nous perfectionnons leur anglais lorsqu’ils nous apportent leurs cahiers d’école. Nous soupons entourés de trois Vietnamiens et buvons l’alcool de riz ensemble. Puis nous nous endormons sur un lit de planches, entourés de murs en planches, au son des aboiements de chiens puis des cris des coqs ! Bonne nuit… Le lendemain, nous avalons 25km dont une grande partie à la descente. Valentin, toi aussi tu as les jambes qui tremblent ?? Nous ne vous expliquons pas les courbatures deux jours plus tard… Mis à part ça, nous traversons des paysages de rizières verdoyantes splendides et mangeons des repas typiques très bons. Le troisième jour nous réserve l’apothéose du trek : quatre heures de marche à travers des rizières en terrasses, des cultures et des petits villages isolés. Magnifique ! Marcher à travers une rizière se révèle périlleux, mais cela nous montre bien le degré d’agilité des travailleurs aux champs. Par ailleurs, s’occuper de rizières est pénible du fait que les paysans ont les pieds dans l’eau toute la journée et sont courbés en deux pour repiquer (par exemple) chaque brindille de riz. Un travail de titan, fait entièrement manuellement et sans engrais chimique (les buffles sont un bon substitut). Nous nous arrêtons pour le dîner et dégustons du riz gluant, des brochettes de porc, du concombre et des œufs. Miam ! Le propriétaire de la maison nous propose de nous reposer et c’est très volontiers que nous grimpons dans la maison sur pilotis pour piquer un petit somme. Une fois de plus, l’accueil des Vietnamiens est incroyable et c’est ce que nous retiendrons de ce très beau trek, en plus des paysages fous. Nous remercions de tout cœur The, qui a été notre guide durant notre petite escapade dans la Baie d’Along et durant le trek dans les montagnes. Il n’a pas seulement été guide, mais également traducteur et compagnon de route. Nous avons eu beaucoup de plaisir avec lui !

Voilà, le blog est à jour et les prochaines aventures que nous vous relaterons se passeront au Népal, où nous sommes depuis quelques jours. Mais pour avoir de la matière à raconter, on va d’abord partir une vingtaine de jours dans la région des Annapurnas pour un trek ! Vive les montagnes ! Et à dans trois semaines !

samedi 30 mars 2013

Cambodge, retrouvailles et découvertes


Après quelques jours passés à Phnom Penh où nous avons profité des « happy hours » et de la gastronomie cambodgienne, nous nous remettons en route. Direction Koh Thmei, une île paisible à une heure de bateau du sud du Cambodge. Le trajet est long et un peu chaotique. En effet, nous effectuons quatre heures de bus sur une route principale avec une seule voie dans chaque sens. Mais le bus, et les autres usagers de la route n’hésitent jamais à doubler voir même à tripler. Du coup, nous nous sommes retrouvés quelques fois en train de dépasser pendant qu’en face une voiture doublait un camion. Heureusement, les « bandes d’arrêt d’urgence » servent de deuxième piste et lorsqu’il n’y en a pas, celui qui se fait dépasser met deux roues dans l’herbe pour que tout le monde passent et nous, à bord du bus, on sert les fesses ! Le bus nous dépose au bord de la route et il nous reste à faire 7 kilomètres de moto-taxi avec un sac de montagne sur le dos et le tout sur une piste en terre battue. Une fois arrivés au village de pêcheur, notre bateau nous attend. La traversée est absolument magnifique, barques de pêcheurs colorées, soleil couchant et île tropicale envahie par la mangrove. Après 6 heures de voyage nous voici sur une île « déserte ». En effet hormis huit petits bungalows et un restaurant il n’y a rien. Pas de route, pas de village, pas de magasin, pas de motos, pas de wifi, pas de téléphone (juste le portable du patron). Le bungalow est simple mais ne manque de rien et il y a même deux hamacs sur la terrasse, le rêve. Nous restons donc sur cette île à ne rien faire pendant quelques jours. Rien… ça fait bizarre de ne rien faire… tellement bizarre qu’on a quand même trouvé de quoi s’occuper. Jeux de société, lecture, baignades, siestes dans le hamac, manger, boire un cocktail et on recommence ! Le paradis ! Bon, on arrête de vous faire envie !

De retour à la réalité, nous retournons à Phnom Penh, puis à Siem Reap, au nord-ouest du pays. Là, nous accueillons avec joie et excitation les parents de Valentin qui viennent passer leurs vacances avec nous ! Au programme, visite du Cambodge et du Vietnam avec eux. Revoir des proches est un réel bonheur ! On ne se quittera d’ailleurs plus d’une semelle jusqu’à leur départ trois semaines et demi plus tard.

Départ donc pour les visites à gogo : ateliers de confection de la soie et de tissage, sculpture sur pierre et laque sur bois, village de pêcheurs avec leurs maisons sur pilotis (jusqu’à 7m pour avoir les pieds au sec lors de la saison des crues) et les fameux et fabuleux temples d’Angkor. Nous engageons Mondol, un chauffeur de tuk-tuk très efficace, ponctuel, rapide et… prudent ! Il restera avec nous pendant tout notre séjour à Siem Reap, nous emmenant d’un temple à l’autre. Au programme, un coucher de soleil sur le temple « Prè Rup », le « Banteay Srei » avec ses sculptures magnifiques, le « Banteay Samré » qui est une petite merveille loin des foules, le « Preah Khan » avec son fromager enraciné dans ses murs, la cité d’ « Angkor Thom » et son « Baphuon », le « Ta Prohm » laissé à la végétation, un lever de soleil sur le majestueux et emblématique « Angkor Vat » et pour finir, le Bayon aux mille visages. Pas besoin d’en ajouter beaucoup plus, les photos parlent très bien d’elles-mêmes, et les légendes vous préciseront les détails. Mais s’il fallait donner quelques mots clés de notre visite des temples, les voici : découverte, magie, culture, histoire, bouddhisme, hindouisme, croyances, légendes, architecture, rois, démesure… Merveilleux ! Ce n’est pas pour rien que ce site est inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO… Et dire que nous ne voyons que la partie immergée de l’iceberg. En effet il ne reste rien des dorures, de la plupart des statues, des ornements, du système d’irrigation qui permettait aux paysans de faire jusqu’à quatre récoltes de riz par années alors qu’actuellement il n’y en a qu’une seule. Il faut encore imaginer le palais royal et les habitations en bois dont il ne reste plus de trace, la cour du roi, les éléphants, tous les ouvriers et habitants qui composaient la civilisation d’Angkor.

Une anecdote sur Siem Reap ? La panne d’électricité qui a duré au moins deux jours dont a été victime toute la ville et qui nous a fait dormir dans des chambres étouffantes, sans eau durant la journée (super pour aller aux toilettes…) et qui a forcé les Cambodgiens à fracasser tous les bords de route du centre-ville pour trouver où se situait la panne… Merci la génératrice qui nous permettait de dormir avec un petit ventilateur et qui pompait de l’eau jusqu’aux salles-de-bains du coucher au lever de soleil.

Départ ensuite en bus pour Kompong Cham, une petite ville près de Phnom Penh. Nous en gardons un souvenir ébloui et enchanté. En effet, nous sommes à la campagne et nous avons la chance de visiter le petit, minuscule devrait-on dire, village de paysans de Cheung Kok. Celui-ci s’est ouvert au tourisme depuis quelques années, ce qui lui permet d’avoir une route d’accès en bon état (en terre tout de même) et quelques emplois en plus pour mettre du beurre dans les épinards. Nous pouvons effectivement y acheter quelques souvenirs faits à la main et avec les matières premières des alentours. Nous croisons le regard de plusieurs villageois, tous plus souriants les uns que les autres. Les anciens du village nous interpellent et nous demandent (via notre chauffeur de tuk-tuk qui assure la traduction et les explications) quel âge nous avons. Nous leur rendons la question après avoir répondu, et sommes surpris d’apprendre qu’ils sont bien plus âgés que ce qu’ils n’en paraissent ! Et vas-y à 84 ans pour remonter dans ta maison sur pilotis qui est à 4m de haut et accessible par une simple échelle de bambou !

Nous louons quatre bicyclettes pour nous promener dans les alentours de Kompong Cham. Là encore, la journée est vraiment chouette. Nous longeons le fleuve du Mekong et voyons, amarrés à la rive, les maisons d’un village flottant. Les gens vivent de la pêche et sont donc sur l’eau toute l’année, c’est impressionnant. Nous traversons un marché, avec ses fruits, ses légumes, mais également ses poissons et sa viande exposés en plein soleil et par des températures certainement plus élevées que 30°C… hum… Un peu plus loin, un pont de bambou permet l’accès à une petite île. Il est reconstruit chaque année par les habitants du coin après la mousson et nous décidons de l’emprunter avec nos vélos. Oh surprise, il n’y a pas vraiment de rambarde sur les côtés et le sol, en bambou bien sûr, est plutôt mou. Nous appuyons donc sur nos guiboles et tentons la traversée sans problème, et surtout sans rentrer dans un autre véhicule arrivant parfois pile en face de nous. Mais voilà que Janine a une belle montée d’adrénaline, lorsque son sac à main glisse de son panier pour venir s’emmêler dans les rayons de sa roue avant et tout bloquer ! Comme si ce n’était pas assez dur comme ça… Nous arrivons de l’autre côté du pont, entier et tous ensemble, ouf ! Et cherchons un petit troquet pour se mettre quelque chose sous la dent. Pas évident, il n’y en a pas… mais nous arrivons finalement vers une maison qui a des tables et des chaises à l’extérieur. Nous nous asseyons et passons commande. Au menu : un beignet chacun avec un coca. On n’a pas réussi à obtenir plus, mais vu qu’on doit s’exprimer avec les mains, on est déjà bien content d’avoir quelque chose à manger ! Les gens autour de nous rient, autant que nous d’ailleurs ! Mais ce qui nous a définitivement le plus émerveillé durant cette journée, c’est tous ces enfants qui, dès qu’ils nous aperçoivent, agitent la main et crient de tout leur bonheur « Hello ! Hello ! What is your name ?  How are you ? ». Avec un sourire allant d’une oreille à l’autre !

Après cette magnifique escapade dans la campagne cambodgienne, nous revoilà dans l’agitation de Phnom Penh avec sa circulation anarchique, ses moines bouddhistes qui parlent volontiers au touriste, son marché russe (que nous avons dévalisé) et le musée de Tuol Sleng. Cette école tristement célèbre pour avoir été le centre de détention S-21 pendant le régime Khmer Rouge. Quelles émotions désagréables que de contempler toute la folie humaine en visitant les salles d’interrogatoire (ou plutôt de torture), en voyant les registres des victimes et la potence qui est toujours au milieu de la cour. Dur à croire que l’Homme puisse en arriver à tant de cruauté mais même si cette visite n’est pas la plus agréable elle reste incontournable pour ne pas oublier les horreurs de l’Histoire. Après cette visite, nous sommes encore plus impressionnés par l’envie du peuple cambodgien d’aller de l’avant et de se réconcilier avec son triste passé.

Pour finir notre aventure cambodgienne, nous aurions voulu visiter la Pagode d’Argent et le Palais Royal mais voilà, Sa Majesté avait prévu une petite fête (sans nous y convier ;-)) et le palais royal était fermé au public. Nous quittons le Cambodge avec une raison de plus de revenir !

Et nous voilà sur le Mekong, où nous voguons vers notre prochaine destination : Le Vietnam !

vendredi 22 mars 2013

Le Cambodge se relève


Suitodge
Phnom Penh. C’est le point de départ et de chute de notre périple au Cambodge. La capitale du pays, habitée par douze millions d’habitants, grouille de toute part. Il y a des motos partout, des vélos, des tuk-tuks, des voitures, des camionnettes, de temps en temps un bus longue-distance. La circulation est complètement loufoque, puisque les règles dont nous avons l’habitude ne sont pas du tout respectées ici. Mais ça fonctionne. Nous n’avons vu aucun accident, aucune touchette, aucun agacement, aucun coup de klaxon énervé ni impatience. Pourtant, le trafic est fluide. C’est vrai que ça ne va pas vite, mais on avance tout le temps. Nous n’avons que très rarement été bloqués dans un embouteillage. La règle d’or des Cambodgiens pour que cela roule ? Se faufiler entre les autres usagers de la route, même si c’est à contre-sens ! Autant vous dire que cela surprend la première fois que votre tuk-tuk s’élance sur la piste de gauche à contre-sens pour finir quelques dizaines de mètres plus loin sur la piste de droite, après avoir zigzagué entre plusieurs véhicules ! Mais comme tout le monde reste très calme, il n’y a aucune raison de s’affoler…

Et oui, Phnom Penh c’est l’attitude zen des Cambodgiens autour de nous, leur accueil sympathique, leurs sourires et la cuisine exquise de leurs mets. Malheureusement, c’est aussi la misère dans les rues. Mendiants, estropiés, victimes des mines, jeunes mères à la rue, enfants trainant dans les déchets. Bouleversant. Le pays se relève gentiment d’une guerre civile atroce, menée par un dictateur sanguinaire. Un Pol Pot qui a fait vider les villes, fermer les écoles publiques, qui a forcé son propre peuple à travailler aux champs et qui a fermé le pays au monde extérieur. Du coup, Phnom Penh est devenu une ville fantôme, tout comme la plupart des villes cambodgiennes. Le peuple se faisait exterminer par ses dirigeants, et les dirigeants s’exterminaient entre eux. Des centaines de milliers de mines anti-personnel ont été posées au bord des routes, dans les champs, aux frontières. Par ailleurs, avant cette dictature, le pays a été victime du bombardement excessif des Américains dans le nord-est du pays. Afin d’empêcher les Vietnamiens de passer sur une route stratégique au Cambodge, les Américains ont largué plus de bombes que le nombre de bombes lâchées durant la deuxième guerre mondiale tous pays confondus ! Ajoutez à cela la guérilla qui a suivi la fin du régime de Pol Pot et qui a duré jusqu’en 1998 (presque 20 ans), et vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il reste cinq millions de munitions non-explosées et cinq millions de mines dans le pays. Les prisons actives dans le milieu des années 70 étaient des foyers de tuberculose. Beaucoup d’enfants qui naissent aujourd’hui sont automatiquement contaminés. Sans parler du tetanos, des épidémies de dengue et autres maladies tropicales. Voilà la situation à laquelle doivent faire face les Cambodgiens aujourd’hui.

Heureusement, il y a des ONG, le soutien de l’extérieur et l’entre-aide à l’intérieur du pays. Nous avons eu l’occasion de visiter le musée des mines terrestres, près de Siem Reap. Un ancien enfant-soldat Khmer Rouge, qui a posé des milliers de mines pour gagner son pain quotidien, est devenu démineur. Il en aurait désamorcé 50'000, dont énormément avec un simple bâton et une tenaille. Il a gardé ses trophées et la « collection » est devenue ce musée. Par ailleurs, il recueille des victimes de mines, trop pauvres pour s’instruire et vivre décemment. Il gère donc une petite école de 36 élèves, qui sont ensuite insérés dans la vie professionnelle. Cet homme a un courage et une volonté de faire le bien qui est exemplaire ! Si vous voulez plus d’informations, allez consulter le site internet suivant :

Autre exemple de solidarité hors du commun : Beat Richner, un médecin suisse vivant au Cambodge depuis de nombreuses années et qui a construit des hôpitaux pédiatriques à Phnom Penh et à Siem Reap. Nous sommes allés à son concert hebdomadaire, durant lequel il nous parle de ses hôpitaux. Il joue du violoncelle, d’où son surnom de Beatocello. Entre chaque morceau, il nous donne les chiffres alarmant du nombre d’enfants que lui et son équipe, composée de plus de 2000 Cambodgiens, soignent. Il nous explique comment l’hôpital survit dans ce pays si pauvre, comment il continue à construire et à se battre pour permettre aux enfants cambodgiens d’avoir un accès gratuit aux soins. Oui, vous avez bien lu, un accès gratuit aux soins. Les consultations, les interventions et les médicaments, tout est gratuit. Le trajet de la maison à l’hôpital est même remboursé aux patients. Comment est-ce possible ? La plupart des Cambodgiens a un revenu moyen de 1 dollar par jour, n’a ni compte en banque, ni économies. Sachant qu’une nuit à l’hôpital pour un enfant coûte 240 dollars, et que l’état cambodgien participe à raison de 10% au budget de l’hôpital, comment est-ce possible d’offrir un accès aux soins gratuit ? Grâce aux dons. 90% du budget de l’hôpital provient des dons ! Beat Richner se bat quotidiennement pour récolter des fonds, et on ne peut pas dire qu’il n’y met pas du sien, puisque tous les samedis, il joue à Siem Reap pour gagner quelques sous. L’entrée est gratuite, avec collecte à la sortie. Quelques sous… ? Ce simple concert rapporte cinq millions de dollars par année ! C’est bien sûr largement insuffisant pour faire tourner l’hôpital. Si vous avez envie d’en savoir plus et de donner un peu d’argent dans un projet qui en vaut vraiment la peine et où vous pouvez être sûrs que votre don sera utilisé à bon escient, voici le site internet de Beat Richner :

Cet article vous donne un petit aperçu de la situation du Cambodge. Nous étions bien au courant qu’il est l’un des pays les plus pauvre d’Asie, et même le plus pauvre d’Asie du Sud-Est, mais d’y vivre un mois nous a plus d’une fois bouleversés. Ressortir d’un musée et d’un concert la gorge nouée, rentrer d’une visite d’un village sur pilotis extrêmement pauvre, voir une mère nourrir son nourrisson à l’aide d’une canette de soda, tout cela nous fait beaucoup réfléchir et nous révolte. Comment l’être humain a-t-il pu être si destructeur et mettre le Cambodge dans une situation si dramatique ? Nous avons la bonne impression que le pays se relève, mais il reste tant à faire…

Dans le prochain article : une île déserte, des régions splendides, les temples d’Angkor et de belles journées passées avec les parents de Valentin !

Quelques images : ici.                  


lundi 4 mars 2013

Sydney et l'Australie occidentale

Après une dizaine de jours passés à Melbourne, nous continuons notre périple à deux en direction de Sydney. Le climat n’est pas vraiment clément à notre arrivée. Il pleut des cordes pendant 36 heures d’affilée et nous nous trouvons donc coincés à l’auberge de jeunesse. Toutefois, ce répit est le bienvenu, car nous devons absolument prendre du temps afin d’organiser la suite de notre voyage. C’est bien beau de courir à gauche, à droite, pour découvrir le monde mais lorsqu’on ne sait plus où aller il faut se poser un moment et réfléchir. La question est difficile, nous avons envie de rester encore quelques temps en Australie mais la vie est tellement chère que nous hésitons à passer directement au Cambodge. Finalement nous décidons de faire « exploser » le budget et de découvrir un peu plus l’Australie. Mais que faire ? Le nord de Sydney est pris dans des inondations, le sud de Melbourne dans des incendies et des méduses empêchent de jouir des joies de l’océan sur la Gold Coast et vers la barrière de corail.

Notre choix se porte donc sur Perth car on pourra facilement rejoindre l’Asie du sud-est, le moment venu, et parce que cette région propose de très beaux sites naturels. Après une bonne journée d’organisation nous pouvons profiter, l’esprit libre, des quatre jours planifiés à Sydney. Pour commencer, comme il pleut toujours, nous allons piquer une tête et nager deux kilomètres dans un bassin olympique couvert. Comme ça fait du bien de bouger après cinq mois sans sport (hormis les randonnées) ! 
La météo s’améliorant nous entamons la découverte de Sydney par l’aquarium de la ville. C’est assez impressionnant de voir toutes ces petites bêbêtes qui baignent dans les eaux australiennes ; méduses, murènes, dudongs, requins et on en passe ! Ça donne vraiment envie de se baigner… Nous continuons notre tour de ville pour aller admirer l’opéra de Sydney depuis le pont gigantesque qui enjambe la baie, le panorama est grandiose, surtout que, dans la baie, pleins de bateaux à moteur et voiliers voguent et ça donne quelque chose en plus ! Nous profitons de cette ville pour faire le repas d’anniversaire de Valentin en tête-à-tête au « Fish Market ». Un bon plat de fruits de mer et de poisson frit avec des frites.

Pour finir notre séjour à Sydney, nous prenons un bateau pour Manly et ses plages. Sur place, nous profiterons de marcher le long de la côte. La traversée en bateau est superbe car elle nous offre une vue magnifique sur l’opéra, la ville de Sydney ainsi que sur les falaises surplombant l’océan. A Manly, nous marchons quelques heures pour découvrir qu’il n’y a pas de petites bêbêtes sympa uniquement dans l’océan. Lors de notre pique-nique, nous nous retrouvons entourés de « sea dragons »  une sorte de lézard curieux et pas peureux pour un sou ! Une autre sorte de lézard fait son apparition à côté d’un tronc d’arbre, en pleine forêt. Sa tête ressemble tellement à un gros serpent que Christelle se retrouve pétrifiée au milieu du chemin ! Plus loin nous croisons un obstacle sur notre chemin, une araignée de la taille d’une paume de main a tissée sa toile. Ça fait froid dans le dos... Nous passons à côté tout en « admirant » le monstre. Après cette jolie balade au bord de l’océan, nous nous baignons un moment sur une petite plage abritée de la houle, mais sans trop nous éloigner car la plage principale à quelques centaines de mètres est fermée en raison des courants. Ceci dit les surfeurs s’en donnent à cœur joie et l’océan est très beau car il est déchaîné.

Le lendemain nous quittons Sydney dans les mêmes conditions qu’à notre arrivée, sous une pluie battante. Mais après un vol de cinq heures nous atterrissons à Perth sous un soleil qui ne nous quittera plus jusqu’à notre départ d’Australie. Là, nous allons chercher notre voiture de location, et moteur, nous partons avec un peu d’appréhension : ici on roule à gauche ! Première intersection, on se concentre, on met le clignoteur… ah non ça c’est les essuie-glaces, on ressaie de l’autre côté, ça marche, et on tourne. Pas si difficile au fond… Bon on vous épargnera les contre-sens et les quelques fois où on se trouvait un peu trop à gauche. Pas facile d’être au milieu de sa piste quand on conduit à droite de la voiture. Mais bon, on a ramené la voiture à Perth dix jours plus tard sans une égratignure et en ayant fait environ 1500 kilomètres.

Le road trip a commencé à Freemantle, une station balnéaire branchée mais qui ne nous a pas retenus bien longtemps. Nous avons juste pris le temps de souper sur la plage avec le couché de soleil en tête-à-tête et sommes repartis le lendemain matin pour un petit village charmant, Bunbury. Nous y sommes restés trois jours et avons vraiment aimé jouer dans les vagues et aller voir les dauphins qui viennent s’abriter dans la baie. L’exposé du volontaire du « Dolphin discovery center » est très intéressant et nous apprenons, notamment que les dauphins voient autant bien que nous sous l’eau… Mais que leur sonar leur permet de savoir qu’il y a un poisson à deux cents mètres de leur position !
Après avoir socialisé avec les dauphins, nous reprenons la route dans le but de voir quelques surfeurs dans les vagues réputées de la région de Margaret River. Malheureusement, ce jour-là, l’océan est plutôt calme et nous nous contentons d’aller manger une glace sur la jetée de Busselton qui fait deux kilomètres de long. L’endroit est vraiment paradisiaque ! Puis, nous poussons la route jusqu’à Augusta, en croisant quelques kangourous, où une splendide auberge de jeunesse nous attend. Au menu pour nous, BBQ ! Ça nous change des pâtes…
Pas loin, il y a le Cap Leuwin. Et ce n’est pas n’importe quel cap. Ici se rencontrent l’océan austral et l’océan indien. Apparemment, rien de très bizarre, mais en observant un peu mieux, nous constatons que les vagues viennent s’écraser contre les rochers depuis des directions différentes. Pas étonnant que l’installation d’un phare soit devenue extrêmement nécessaire à la fin du XIXème siècle. En effet, ce coin est très difficile pour les marins, du fait des courants particuliers et des rochers qui pointent juste à la surface de l’eau le long du cap. Nous y passons un bon moment avant de reprendre la route en direction d’une plage de surfeurs. Sable fin, superbes vagues, dunes, vent… la belle vie ! Seul ombre au tableau : nous n’avons pas de planche ! Le soir nous dormons à Pemberton, petit village isolé dans la forêt. C’est si isolé que les gens nous demandent ce que l’on fabrique ici… c’est qu’il y a un arbre particulier… Le Gloucester Tree qui tient son nom du duc de Gloucester qui est venu d’Angleterre afin de contempler l’installation particulière de cet arbre. En effet, au sommet de celui-ci se trouve une cabane qu’on peut atteindre grâce à « l’escalier » en colimaçon qui grimpe autour de son tronc. Il s’agit uniquement de longues barres de métal plantées dans le tronc qui montent en spirale jusqu’à la cime.  Evidemment qu’on est monté ! Et chose étonnante pour un pays très axé sur la sécurité, il n’y a aucun assurage, ni aucune surveillance ! Enfin un peu de répit… Mis à part le fait que cette cabane offre une vue impressionnante sur la forêt de géant culminant à 60 mètres du sol, il était utilisé autrefois pour l’observation de la forêt et surtout pour détecter tout début d’incendie. D’autres arbres ont été écimés dans cette gigantesque forêt pour servir de tour d’observation. Il faut dire que celle-ci offre une biodiversité importante et que certains arbres « géants » atteignant une soixantaine de mètres de hauteur sont plusieurs fois centenaires. L’après-midi nous nous rendons dans un autre endroit de cette forêt magique où des passerelles ont été installées à environ 40 mètres de hauteur afin d’admirer la richesse de cette végétation. En effet « les géants » offrent beaucoup de fraîcheur et d’humidité pour toute la végétation et tous les animaux vivant en-dessous. Ces conditions sont rares dans un pays comme l’Australie. Ensuite nous nous offrons une petite balade au bord de « Peacefull Bay » qui porte bien son nom. La baie est paisible mais autour l’océan est déchaîné. Nous nous éloignons un peu pour nous promener au bord de ces vagues impressionnantes. La côte est belle, sauvage et semble quelque peu hostile. D’un côté il y le bush avec, certainement, de charmants reptiles et insectes que nous n’avons pas envie de croiser et de l’autre, un océan démonté avec ses courants et ses récifs. Nous devons faire demi-tour car le terrain devient trop difficile et nous retournons à « Peaceful Bay » pour piquer une tête dans ce décor grandiose.

Finalement, notre dernière étape avant notre retour à Perth se fait à Denmark. Sur la route, nous nous arrêtons dans un site magnifique. « Elefant Cove », où des piscines naturelles sont formées dans l’océan. Ici, les récifs au large offrent une barrière naturelle contre les courants et les rochers parsemés dans la mer complètent un panorama magnifique. De plus, il est possible de  grimper sur ces derniers pour sauter dans la mer. Nous profitons une dernière fois des joies de l’océan austral, continuons notre route jusqu’à Denmark et le lendemain nous retournons à Perth pour rendre la voiture de location sans problème.

Après une bonne douche fraîche (gratuite !) à l’aéroport, nous nous envolons pour un dépaysement complet. Eh oui, le Cambodge nous attend…